Mesdames, Messieurs,
C’est avec beaucoup d’émotion que je me joins à vous ce matin, pour rendre hommage à une grande dame du Parlement. Une grande dame, parce que Sophie Huet faisait partie de la maison. Elle était ici chez elle.
Je l’ai tout de suite compris lorsque j’ai fait mes premiers pas à l’Assemblée nationale, en tant que député nouvellement élu en juin 2017.
Premiers pas qui m’ont logiquement conduit à la Salle des quatre colonnes où on la croisait toujours les mardis et mercredis en fin de matinée ou autour des questions au Gouvernement.
Alors que j’étais un inconnu et que j’appartenais à un petit parti ne comptant que quatre députés, elle me sollicitait pour connaître la position des écologistes.
Elle me demandait même les textes de mes interventions lorsque j’intervenais au nom de mon groupe.
Et elle ne le faisait pas pour la forme puisqu’on retrouvait le lendemain dans les pages du Figaro une petite phrase pour chacun. Non pas une petite phrase pour le plaisir d’alimenter les polémiques du moment. Non, une phrase résumant la position ou les arguments de chacun dans un souci de précision et d’exhaustivité qui illustrait son professionnalisme.
C’était ses valeurs journalistiques qui font pour moi directement et durablement écho aux valeurs d’une démocratie parlementaire : rigueur et pluralisme.
Après avoir débuté sa carrière, en 1975, aux rubriques « éducation » puis « mode » du quotidienL’Aurore, Sophie Huet rejoignit les informations générales. C’est en 1980 qu’elle intégra le service politique duFigaro. Et c’est à cette occasion qu’elle devint accréditée à l’Assemblée nationale, quelques mois à peine avant l’entrée des enseignants à barbe et l’avènement de ce que d’aucuns avaient alors nommé, parfois avec condescendance – j’allais dire, « déjà » avec condescendance -, la « République des instits ».
Neuf ans plus tard, en 1989, elle devint l’accréditée duFigaroau Sénat, parfaisant ainsi son expertise du bicamérisme parlementaire, auquel, vous le savez, je suis personnellement très attaché.
Du caractère, Sophie Huet n’en manquait pas. C’était ce qui faisait son charme. C’était un personnage, au sens plein et entier du terme. Certes, elle avait parfois ses têtes, elle détestait qu’on lui résiste, mais c’était aussi une personnalité espiègle, et surtout attachante.
L’émotion et les nombreux témoignages suscités cet été, à l’annonce de son décès, l’ont démontré. Ses amis et confrères de l’Association des journalistes parlementaires viennent d’en rendre compte.
Depuis ces postes d’observation privilégiés que sont l’Assemblée nationale et le Sénat, Sophie Huet était une figure reconnue et respectée.
D’ailleurs, Sophie Huet ne manquait pas d’anecdotes. Elle était devenue une « institution » au cœur de l’institution.
Mesdames, messieurs,
Le professionnalisme et la bonne humeur de Sophie Huet ont marqué le Parlement et il serait une tâche bien impossible de dire ô combien son visage et sa plume manqueront à ses amis, à ses proches et à ses confrères.
Permettez-moi de saluer plus particulièrement en cette occasion l’engagement sans faille dont elle a constamment fait preuve en faveur du journalisme parlementaire.
Les journalistes parlementaires sont en effet un maillon essentiel de notre vie démocratique, et nous aurions tort de sous-estimer l’importance du travail mené par ces spécialistes. Leur connaissance de l’histoire politique et parlementaire manque trop souvent aujourd’hui à beaucoup de commentaires et analyses politiques trop marquées par ce que j’appelle la dictature de l’immédiateté. Leur investissement est indispensable pour rendre compte de nos travaux aux Françaises et aux Français, à celles et ceux qui nous ont élus. La sévérité et les critiques réciproques qui peuvent marquer notre quotidien ne doivent pas nous éloigner de ce qui rapproche journalistes et représentants de la Nation : retranscrire, rendre compte, expliquer la vie de l’Assemblée nationale, c’est expliquer ce qu’est et ce que fait la représentation nationale autrement dit les représentants du peuple.
Sophie Huet restera une figure du journalisme politique et je souhaite, avec vous ici réunis, rendre hommage au regard essentiel qu’elle portait sur notre démocratie parlementaire.
Au-delà de l’image dégradée de notre Parlement, Sophie Huet a toujours su rendre compte avec objectivité et défendre ainsi le travail parlementaire face à l’émotion parlementaire.
Cet esprit de résistance, elle le partageait sans nul doute avec Lucien Neuwirth, dont je tiens à saluer ici la mémoire. Sophie Huet avait à cœur de faire vivre le souvenir de ce grand résistant décédé en 2013, engagé dans les Forces françaises libres, prisonnier et survivant au peloton d'exécution. Sénateur, Lucien Neuwirth était aussi connu comme le « père » de la pilule contraceptive. Auteur, en 1967, de la loi autorisant les contraceptifs, il avait convaincu le général de Gaulle de la nécessité de faire évoluer notre législation ouvrant la voie à d’autres réformes dites de société, des réformes de progrès pour la liberté notamment des femmes et l’égalité, notamment entre les femmes et les hommes.
Première femme élue à la présidence de l’Association des journalistes parlementaires, en 2006, Sophie Huet a énergiquement œuvré à la défense de cette profession et du Parlement. Tout comme elle a contribué à dynamiser votre association, fondée en 1891.
Mesdames et Messieurs les journalistes membres de l’Association des journalistes parlementaires, il vous appartient désormais de perpétuer l’héritage que vous a légué Sophie Huet.
À sa famille, à ses proches, à ses amis et collègues ici réunis ou présents par la pensée, je veux témoigner au nom de la représentation nationale, comme en mon nom personnel, amitié et profonde sympathie.